Le train du monde m'accable en ce moment. A longue échéance, tous les continents (jaune, noir et bistre) basculeront sur la vieille Europe. Ils sont des centaines et des centaines de millions. Ils ont faim et ils n'ont pas peur de mourir. Nous, nous ne savons plus ni mourir, ni tuer. Il faudrait prêcher, mais l'Europe ne croit à rien. Alors, il faut attendre l'an mille ou un miracle. Pour moi, je trouve de plus en plus dur de vivre devant un mur.

Albert Camus - «Lettre à Jean Grenier» en 1957
(via dorlaiel)

(via annlocarles)

adhemarpo:
“  “Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n'est pas pour prendre de ses nouvelles”.
“Be careful, when a democracy is sick, fascism comes to its bedside but it is not to catch up”.
Albert...

adhemarpo:

“Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n'est pas pour prendre de ses nouvelles”.
“Be careful, when a democracy is sick, fascism comes to its bedside but it is not to catch up”.

Albert Camus

(via maeiajiatheme)

Qu'est ce qui maintient ensemble les hommes, s'enflamme Sancho, sinon de tous croire à la même histoire ? Pourquoi cinquante galériens acceptent le fouet d'un seul homme, sinon leur désir commun de croire en la même fiction ? L'unité d'un peuple ? La domination du roi ? Le consentement aux lois ? Des fictions. L'ordre établi et le partage entre l'Eglise, la noblesse et la paysannerie ? Des fictions. Regardez autour de vous, les gens croient aussi fermement que leur monde est le seul monde possible que mon arrière-grande-tante croyait que les sorcières pouvaient se changer en chats noirs.

Éric Pessan - Quichotte, autoportrait chevaleresque

Quichotte : Que penses-tu de ce chiffre, Sancho ? L'on dit que quatre-vingt-six personnes possèdent plus en ce monde que trois milliards et demi de déshérités.

Sancho : Ce que j'en dis, seigneur, c'est que les chiffres servent uniquement ceux qui savent compter.

Quichotte : Je reste perplexe, Sancho; en notre temps déjà, les inégalités étaient frappantes et j'espérais en mon coeur qu'elles disparaîtraient au fil des siècles. J'y vois là la preuve que les enchanteurs existent et qu'un dragon maléfique a ensorcelé les esprits.

Sancho : Et moi, j'en pense que nous n'en savons rien. L'homme aime dominer l'homme. Pour ma part, j'ai la vue raccourcie à la longueur de mon nez.

Quichotte : Tout de même, Sancho, lorsque l'injustice est trop flagrante, il ne reste qu'à dégainer l'épée.

Sancho : À ce que je vois de ce monde, les gens préfèrent attendre que la richesse un jour les favorise plutôt que de se battre pour l'obtenir. Vous qui aimez tant les livres, pourquoi n'en n'écrivez vous pas un pour dénoncer ce qui vous offense ? Comme disait ma grand-mère : Qui peut dire comme il brûle est dans un petit feu. Et encore : Le vrai miroir de nos pensées est le cours de notre vie. Et puis : Notre grand et glorieux chef-d'oeuvre est de vivre à propos.

Tout le reste, gouverner, amasser, bâtir, n'est qu'accesoire et secondaire.

Quichotte : Cesse un instant d'enfiler les proverbes comme des perles sur un collier. Un livre, as-tu dit ? Mais quel type de livre ?

Sancho : Ce n'est pas à moi, qui ne sait pas déchiffrer les lettres, de vous enseigner en ce domaine. Je pense à un livre qui offrirait un peu de réconfort aux hommes, qui propagerait ce que disait ma grand-mère : Je n'enseigne pas je raconte. Car vous savez bien que la vraie science est une ignorance qui se sait.

Quichotte : Tais-toi, je t'en supplie. Ton bavardage m'empêche de penser.

Sancho : M'est avis que les torts pourraient, sinon être réparés, du moins être dénoncés en renommant les coupables comme les victimes. Rien n'est pire que de ne pas avoir de nom.

Quichotte : Que dis-tu là, Sancho ?

Sancho : Je dis là que notre voyage m'apprend que mon nom a survécu, et que c'est parce qu'il est accolé au vôtre; sans cela, il y a longtemps que la croix de bois plantée sur ma tombe aurait été rongée par les termites et que personne en cette terre ne se souviendrait qu'il ait existé un homme doué de coeur et de raison nommé Sancho Panza. Pas même les enfants des enfants des enfants des enfants des enfants des enfants des enfants de mes enfants.

Vous autres, les don et les seigneurs, l'on grave vos noms sur des pierres, l'on garde de votre vie des traces dans les registres, l'on sait ce que vous possédez, où vous êtes nés, où vous mourez, où reposent vos cendres. Tandis que les paysans, les illettrés, les déshérités et les indigents disparaissent peu à peu, nulle terre ne garde longtemps leurs corps et nulle mémoire ne conserve souvenir de leurs noms.

Quichotte : Et quel rapport avec notre livre ?

Sancho : Le rapport est que j'imagine un livre qui porterait sur la première page les noms des quatre-vingt-six plus grandes fortunes de ce monde, et sur les pages suivantes les noms des trois milliards et demi de miséreux qui foulent le sol de cette terre. Le livre leur rendrait au moins la dignité de leur nom, à condition toutefois qu'ils possèdent tous la richesse d'un patronyme. Si la vie n'est qu'un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs, comme disait ma grand-mère.

Quichotte : As-tu seulement idée de ce que représententerait un tel livre ?

Sancho : Si l'on s'en tient à inscrire quatre-vingt-six noms par page, il faudrait une page pour les plus nantis et quarante-trois millions sept cent cinquante mille pour les plus impécunieux. L'ouvrage, à coup sûr, serait un monument : celui de la folie d'un nombre où l'on veut nous faire croire qu'une plume pèse le poids d'une montagne.

- Éric Pessan - Quichotte, autoportrait chevaleresque

Ses pétales, elle se roule en eux, ma rrose. Ça la rredouble, la vibrre, la rréjouit, lui rrejouit dedans, ses doux doux pétales chauds. Dans son joui elle prrend un bain, se parfume et rrit de se voirr si rreine en ces carresses.

Alina Reyes - Le carnet de Rrose

de la naissance de ta gorge 
à l'agonie de tes yeux
dont un simple regard
putréfie les drapeaux
il y a place
pour une vie comme la mienne 
la corde du pendu
la raréfaction de l'air

Léo Malet

je te renifle comme un chien
je te hume sous les aisselles
je te respire comme un parfum
je te sens, mal ou bien

je te regarde venir de loin
je te vois comme tu me vois
je te reluque de travers
je te fixe avec effroi

je te bois avec ivresse
je te suce comme une proie
je te croque avec paresse
je te lèche comme un gros chat

je te caresse du bout des doigts
je te serre avec rudesse
je t’enlace de mes bras
je t’étrangle avec tendresse
 
je t’écoute avec patience
et je t’entends sans te voir
je te reçois avec aisance
je te perçois dans le noir

Bienvenue à toi
qui t’es perdue
dans l’empire de mes sens.

Jacques Higelin

J'apprends - à mettre mes yeux dans l'alphabet de ses yeux
pour voir en une seule seconde
comment tes yeux écrivent les miens
comment tombent nos membres dans 
le piège de la vie,
et se dénouent nos rêves 
dans les lacs de nos jours stagnants

Adonis

Paul Eluard et Oscar Dominguez
Toi ma patiente ma patience ma parente
Gorge haut suspendue orgue de la nuit lente
Révérence cachant tous les ciels dans sa grâce
Prépare à la vengeance un lit d’où je naîtrai.

Paul Eluard et Oscar Dominguez


Toi ma patiente ma patience ma parente
Gorge haut suspendue orgue de la nuit lente
Révérence cachant tous les ciels dans sa grâce
Prépare à la vengeance un lit d’où je naîtrai.

Joan Miró et Jacques Prévert - En argot dans le texte
Ève adorait le soleil
et
le soleil a doré Ève
c’est pourquoi
dans la langue du plaisir
Reluire
veut dire jouir
et le dit

Joan Miró et Jacques Prévert - En argot dans le texte


Ève adorait le soleil 
et
le soleil a doré Ève
c’est pourquoi
dans la langue du plaisir
Reluire
veut dire jouir
et le dit